Ma première action quand j'ai reçu ce livre a été de le violenter en jetant son immonde couverture. Heureusement qu'on ne juge pas un livre à sa couverture ! (évidemment c'est faux, vive le marketing)
Quatrième de couverture :
Un jeune universitaire marocain, titulaire d’une chaire d’économétrie à l’université de York, se retrouve plongé
dans l’univers étrange et mouillé de la campagne anglaise. Pour échapper à l’ennui qui le guette, il décide d’effectuer une étude ethnographique du peuple anglais, se servant des méthodes
utilisées par les ethnologues occidentaux quand ils étudient les peuples primitifs. Partant du principe que le pub est à l’Anglais ce que l’arbre à palabres est aux Bambaras, il y installe ses
pénates et note scrupuleusement sur un petit carnet les détails de la vie quotidienne, les mœurs et les rites de ces curieux indigènes. De cette étude va naître une rencontre avec une terrifiante
et richissime vieille dame anglaise.
Entre ces deux énergumènes que tout oppose, le choc est inévitable. Et les plongera, l’un comme l’autre, dans des situations inextricables et drôles…
En filigrane de ce roman intelligent et enlevé, une critique acerbe et désopilante de l’Angleterre, de l’ethnologie, des riches, des alcooliques, des Marocains et de la météorologie… Fouad Laroui
rit de tout. Heureuse tournure d’esprit qui en fait un des écrivains contemporains les plus inventifs.
Adam Seghini est un brillant universitaire (comme un certain monsieur Laroui) c'est à dire un individu qui présente toutes les aptitudes nécessaires pour comprendre, saisir, ce qui
s'énonce comme une science ou un systeme, ce qui s'établit selon des liens logiques.
Le hic, le probleme, c'est que la vie, ça part dans tous les sens et que Adam ne sera jamais le premier de la classe dans cette discipline fort alambiquée qu'est la compréhension des hommes et des ethnies. Pourtant ce n'est pas la bonne volonté qui lui manque. En élève consciencieux, il se munit même d'un petit carnet «étanche» dans lequel il note ses observations sur la peuplade anglaise du pub authentique qu'il fréquente. Poisson étouffé, mis en boite, étiqueté, le vécu est là mais cela n'avance rien par rapport aux questions qui le préoccupent : que déduire de cet amoncellement de faits sur l'être anglais ? Quel est son rôle à lui dans tout ça ?
Est-il l'observateur invisible, god himself récréant son réel, l'orientant vers une signification univoque et claire ? Non mais il a plusieurs atouts à mettre à la portée de sa narration : une curiosité plus vive que le commun des mortels, de la patience, de l'ironie, de la dérision et surtout de l'autodérision. Le tout constitue une joyeuse mixture corrosive qui tombe sur ces débris de souvenirs et qui fait de l'incompréhension, de la pierre dans le rouage des relations humaines, le principal intérêt du voyage.
Certes on peut dire de Fouad Laroui qu'il est un pitre et d'ailleurs son livre nous offre de bonnes tranches de rire. Son langage même, fait de bricc et de brocs culturels, nous tire des sourires complices. Mais ça ne s'arrête pas là.
Ce qui me touche le plus dans les aventures de ce bon élève, c'est précisément le vague, le flou, l'inconfortabilité de sa postition d'étranger et d'observateur. Où qu'il aille, Fouad Laroui semble toujours être à distance des choses, en dehors. En somme «à côté de la plaque». Cela nous le rend tellement plus humain, plus proche, plus attachant, qu'on en oublie qu'il s'agit d'un roman comique, qu'il s'agit d'un arabe (pour ceux qui pense que ce livre s'adresse à un lectorat ciblé), qu'il s'agit d'une génération et d'un vécu différent.