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Qui a fait souffrir souffrira a son tour'. Restée seule chez moi
apres le départ d'une amie avec qui j'ai vu le film de Truffaut L'homme qui aimait les femmes, je repense à cette idée. Au fait que le plaisir d'une personne s'accompagne forcément
de la douleur d'autrui. Ca me dérange. Je me sens d'humeur légère. J'ai envie de m'amuser, de me distraire, de rencontrer des gens. Je me libère de lui. Mais je sais que je souffrirai à
mon tour et ça ne me laisse pas l'esprit tranquille. J'ai déjà du mal avec mes contradictions. Je suis là à jouer l'enfant de choeur mais en vérité, il m'arrive d'avoir des envies qui
entrent en contradiction totale avec mes rituels. En plein milieu du ramadan, je n'en attend au fond de moi que la fin : qu'il passe pour que je puisse entrer dans une humeur plus festive et me
bourrer la gueule. Ca n'a pas de sens. Il me semble que rien n'a de sens. Mais je m'accroche. Je m'accroche comme une teigne. Je ne peux pas décider là maintenant que je ne boirai plus, que
je ne fréquenterai plus que des gens de la même religion que moi. Je ne peux pas décider non plus que je vais me mettre à prier pour toute la vie. Je me demande si Dieu, auquel je crois, se moque
en ce moment de mes élans de piété parce qu'il lit mieux que moi dans mon coeur et qu'il sait que je vais abandonner.
Ce que j'ai le plus apprécié dans le film de Truffaut, c'est le point de vue masculin. J'ai toujours partagé ce fantasme de me retrouver dans l'être masculin, de savoir comment pense
un homme, ce que ressent un homme. A 13 ans, j'ai découvert le livre Sexus d'Henry Miller et je l'ai dévoré dans le salon de mes parents. Il me mettait les joues en feu tellement les descriptions
étaient crues. C'était la première fois que je lisais des choses pareilles, du sexe aussi cru, moi qui en était encore à me demander s'il arrivait aussi aux gens corrects de s'embrasser avec la
langue ou si c'était des bétises de débauchés. Ce qui me fascinait le plus dans ce livre, c'était de voir s'exprimer de façon aussi énergique et brute, l'animal, la bête. Quand il décrivait
ses séances de jambes en l'air à même le trottoir avec l'une des femmes de sa vie, j'étais un peu dégoutée mais surtout fascinée. Quand il se retrouvait dans le lit avec sa femme légitime et qu'il
était obligé de la prendre en chien de fusil pendant son sommeil, avec l'air de ne rien faire de mal, juste une petite besogne, j'étais aussi fascinée. Je découvrais des choses qu'on n'irait
jamais raconter à une gamine de 13 ans. On n'irait jamais lui dire qu'il n'y a rien de honteux dans le sexe, que les hommes préfèrent les salopes aux ménagères endormies qu'on prend en chien de
fusil dans son lit. Est ce que ça m'a servi a quelque chose ? NON J'aime lire, ce que je sais sur les gens, je l'apprends en grande partie dans les livres. Et c'est tout.
Plus d'authenticité, moins de faux semblants. Quite à ce que ce soit moins joli, moins présentable. Tel se voulait Henry Miller ( ou lui même se recréant dans l'autobiographie).
Aujourd'hui, ni lui ni le coureur de Truffaut ne me dégoutent. Ils ne me fascinent plus non plus. Ils contribuent à implanter en moi ce besoin d'authenticité, ce refus des façades lisses. Et c'est
tout, pour l'instant. L'authentique désordre.
Jeudi 25 septembre 2008
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Publié dans : Sometimes
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Par Soredamor