Qu'il faut attendre. Que le temps donne de la distance. Qu'est ce que le temps ? C'est la douleur qui passe et qui s'estompe. C'est l'oubli émotionnel. Un systeme de référence, d'avant et d'apres.
Mais plus le temps passe et plus j'ai envie de me taire.
En passant sur des blogs, je lis des textes incisifs qui m'interpellent. Fuck the world, révoltez vous ! Je comprends le mal être de certains et j'apprécient même de les lire de temps en temps. Mais ces coups de gueule là ne me touchent plus.
Ca ne m'atteint pas du tout. Je passe de loin en loin avec une pointe d'amertume et de sourire. Les jeunes révoltés comme ceux qui distribuent des tracts communistes devant ma fac, je ne les aime pas, Je trouve qu'ils se délectent bien trop de la révolte pour la révolte. Ils viennnent harceler les autres avec leur produit intellectualisé de révolte à l'usage des masses qui ne touche que leur clan de convertis. Et ils ne comprennent pas qu'on puisse vouloir appuyez au moins quelques instants dans sa tête sur la touche exit de la réalité du monde. Ils ne comprennent pas qu'il puisse exister des causes que je n'ai pas envie de faire miennes même si elles concernent toute l'humanité. Ils ne comprennent pas, les jeunes qui exhortent les autres à penser politique, que pester contre la connerie des autres, je ne veux pas en faire ma spécialité.
Et je dis "je trouve", ça n'implique que moi, je ne prétend pas à une généralité touchant les classes d'hier ou les connards d'aujourd'hui.
[Nu dans la baignoire,peinture de Pierre Bonnard]
La première fois que j'ai vu ce tableau, c'était en vrai au musée d'art moderne. Je me balladais, l'air blasé, et restait hermétique au charme du moderne jusqu'à ce que je tombe sur ce tableau là et d'autres de Bonnard. On ne le voit pas bien ici, mais il y a dans ce tableau une véritable alchimie des couleurs. Le bleu profond contrebalancé par le jaune vif , le mauve de la rêverie, le vert de l'eau, le beige de la peau... Enfin, je saurais mal décrire cette magie, je m'habille beaucoup en noir et m'interesse en général peu aux couleurs, mais là, c'est un effet qui prend ou pas, qui vous happe dans son athmosphere énergisante de délicieuse rêverie ou pas. Moi, quand je me suis retrouvée dedans, j'ai eu du mal à bouger. De toutes les reproductions que j'ai pu trouver sur le net ou en bouquin aucune ne reprennnait les mêmes couleurs. Cette image là est vraiment vieillie, terne, fade comparé à l'originale. Mais ça permet quand même de visualiser un peu, de retrouver un peu dans la pâle copie le spectre de l'oeuvre....
Parmis les rares articles sur Bonnard que j'ai pu lire sur le net, un type descendait en fleche toute son oeuvre mais par des arguments vraiment cons. Ce type se demandait ce qu'avait fait Bonnard pendant la guerre et pourquoi il avait peint des femmes dans leur salle de bain plutôt que de témoigner sur la guerre.
Je regarde ce tableau et je trouve qu'il est au contraire très parlant. Il nous dit ce que faisait Bonnard pendant la guerre : il admirait la beauté là où il pouvait la trouver.
Par Soredamor - Ecrire un commentaire