Actuellement, je compte les minutes à mes gargouillis d'estomac. J'ai fais la queue deux heures nue tête sous le soleil jeudi devant la bibliotheque et depuis, j'ai été incapable d'écrire une seule phrase correcte alors que je suis en examen et que j'ai des dissertations à rendre (les délais étant déjà passés). J'ai cru bon de dormir trois heures le même soir. Ces trois heures de sommeil, je les ai vécues comme une défaite et je me suis réveillée en sursaut pour retourner à mes dissertations. Mais c'était toujours du plomb fondu à l'intérieur de mon crâne. Goutte à goutte, de sueur et point de mot. Tu ne dormiras point tant que tu ne seras pas arrivée à la dernière ligne. Café apres café. Oups j'ai la diarrhée. La diarrhée dans mon bide s'entend et pas un mot, pas une phrase. L'envie de vomir aussi, le café remontant puis redescendant, creusant des voix incertaines dans mon organisme. Puis s'arreter bredouille. Arreter simplement. Je vais prendre mon temps. Je connais mon erreur. On appelle ça procrastination. Un mot très bizarre, une maladie très répandue. Attendre de ne plus avoir de temps pour être dans l'urgence, ne plus avoir de doutes sur ses capacités. Mais rien ne fait plus douter de ses capacités que la panique, le fait d'être justement le dernier à gratouiller tout en imaginant le mépris du correcteur une fois qu'il recevra ça. D'autant plus que je l'aime bien le correcteur et que je l'estime. Dire son opinion. Avoir un point de vue personnel. Mais, je ne suis pas une personne actuellement. Je n'ai pas le point de vue d'une personne. Je suis un objectif.
L'exsangue : pas de temps pour l'amour, pas d'énergie à donner. Se réfugier dans une haute tour pour épier à
travers une mince ouverture. Dans la confortabilité de son unique regard, déplacer les idées et les fantasmes comme des poupées. Y prendre un plaisir suffisant.
Qui l'eut cru qu'au coeur de l'exsangue fleurirait une myosotis ? Moi même je n'y croyais pas quand je l'ai écrit. Je voulais juste guérir, oublier, redevenir sérieuse et indifférente. Eh bien, si. La myosotis est venue d'ailleurs. Commencer par partager un secret. Puis partager l'urgence, la timidité, les peurs. Sourire. Au travail.
« Innombrables sont nos voies, et nos demeures incertaines. Tel s’abreuve au divin dont la lèvre est d’argile. Vous, laveuses des morts dans les eaux-mères du matin – et c’est la terre encore aux ronces de la guerre – lavez aussi la face des vivants ; lavez, ô Pluies ! la face triste des violents, la face douce des violents… car leurs voies sont étroites, et leurs demeures incertaines.
« Lavez, ô Pluies ! un lieu de pierre pour les forts. Aux grandes tables s’assiéront, sous l’auvent de leur force, ceux que n’a point grisés le vin des hommes, ceux que n’a point souillés le goût des larmes ni du songe, ceux-là qui n’ont point cure de leur nom dans les trompettes d’os…aux grandes tables s’assiéront, sous l’auvent de leur force, en lieu de pierre pour les forts.
« Lavez le doute et la prudence au pas de l’action, lavez le doute et la décence au champ de la vision.Lavez, ô Pluies ! la taie sur l’oeil de l’homme de bien, sur l’oeil de l’homme bien-pensant ; lavez la taie sur l’oeil de l’homme de bon goût, sur l’oeil de l’homme de bon ton ; la taie de l’homme de mérite, la taie de l’homme de talent ; lavez l’écaille sur l’oeil du Maître et du Mécène, sur l’oeil du Juste et du Notable… sur l’oeil des hommes qualifi és pour la prudence et la décence.
« Lavez, lavez la bienveillance au coeur des grands Intercesseurs, la bienséance au front des grands Éducateurs, et la souillure du langage sur les lèvres publiques. Lavez, ô Pluies, la main du Juge et du Prévôt, la main de l’accoucheuse et de l’ensevelisseuse, les mains léchées d’infirmes et d’aveugles, et la main basse, au front des hommes, qui rêve encore de rênes et du fouet…avec l’assentiment des grands Intercesseurs, des grands Éducateurs.
« Lavez, lavez l’histoire des peuples aux hautes tables de mémoire : les grandes annales officielles, les grandes chroniques du Clergé et les bulletins académiques. Lavez les bulles et les chartes, et les Cahiers du Tiers État ; les Covenants, les Pactes d’alliance et les grands actes fédératifs ; lavez, lavez, ô Pluies ! tous les vélins et tous les parchemins, couleur de murs d’asiles et de léproseries, couleur d’ivoire fossile et de vieilles dents de mules… Lavez, lavez, ô Pluies ! les hautes tables de mémoire.
« Ô Pluies ! lavez au coeur de l’homme les plus beaux dits de l’homme : les plus belles sentences, les plus belles séquences ; les phrases les mieux faites, les pages les mieux nées. Lavez, lavez, au coeur des hommes, leur goût de cantilènes, d’élégies ; leur goût de villanelles et de rondeaux ; leurs grands bonheurs d’expression ; lavez le sel de l’atticisme et le miel de l’euphuisme, lavez, lavez la literie du songe et la litière du savoir : au coeur de l’homme sans refus, au coeur de l’homme sans dégoût, lavez, lavez, ô Pluies ! les plus beaux dons de l’homme… au coeur des hommes les mieux doués pour les grandes oeuvres de raison. »
« Pluies VII », Exils, édition Gallimard, p180
Parfois j'ai envie d'entrer dans cette grande mer de joie pure et insouciante. Parfois, j'ai envie de retrouver ce sentiment de satisfaction éphémère à mesure d'homme, à mesure de quotidien et de banalité. Je crois que cette envie me conduit sur les mauvais sentiers. Elle me conduit vers des pistes que je nomme « ouverture » alors qu'elles n'ouvrent que vers des lieux de vulgarité et de conformisme. Des lieux de fuite. Et alors, à faire comme font les autres pour s'amuser, je deviens double, absente dans un corps mécanique. J'observe de loin la dissolution de mon esprit et de mon idéal. Je me fissure. J'essaie de faire encore et toujours comme les autres pour qu'on ne remarque rien. Parfois en me regardant dans le miroir, j'espere secretement que rien ne se voie sur ma figure. Qu'on ne voie pas que je suis incapable d'être heureuse. Qu'il y aura toujours une part triste en moi sauf à de rares, très rares moments. Qu'ils ne voient pas aussi que je ne les aime pas. C'est comme ça, je n'y arrive pas. Qu'ils ne voient pas que je vis dans un temps plus lent, que mon rythme ne pourra jamais s'accorder au leur, que tout ce que je fais dans la vie, tout ce que je dis me pèse lourd.
Est ce que j'ai essayé de les découvrir, d'aller vers eux, de les rencontrer vraiment, ces gens que je croise ? Je leur pose peu de questions. Je ne leur demande pas où ils habitent, ce que font leurs parents, ce qu'ils font dans la vie. En fait, je ne leur demande pratiquement rien. Et pourtant, je les observe à m'en décoller les yeux et rien ne m'échappe. Qui plus est, une fois que je mémorise un visage, je ne peux plus l'oublier. Je me souviens encore de personnes que j'ai croisées en maternelle. Je n'oublierai jamais personne. C'est comme ça. Une image se présente à vous puis elle prend du relief puis vous lui associez des manies, des gestes, des habitudes, un certain regard. Comment oublier alors une seule personne qui a compté ? Jamais.
Dimanche. Assise sur un banc sous le soleil, dans la grande place du centre ville de Copenhague, je suis en face d'un grand batiment portant des dizaines d'enseignes de multinationales. A côté, mes compagnons de voyage discutent des différents cocas qui existent et de leur différence de goût. Le voilà, je l'ai eu mon voyage de trois jours. Il touche à sa fin. Qu'en ai je retenu ? Le sentiment qu'à Copenhague comme ailleurs, la superficialité des humains et leur allégresse dans la consommation est la même. Pourtant, il y a eu des moments d'attendrissement et d'éclaircie. J'ai , à de courts instants, pensé avec affection à certains membres du groupe. J'ai apprécié une visite au musée d'art moderne. J'ai apprécié aussi une ballade du côté de l'ancien port, zone vaste et épurée entre ciel et mer. Et puis, je suis allée avec eux à ce club techno branché où j'ai pu arrêter de penser apres un bon coup de whisky coca dans la tronche. J'ai falli me faire écraser par un bus. Quelq'un m'a dit «attention» à la dernière minute. Sans même regarder à droite, j'ai fait un bond en avant et j'ai senti le bus passer derrière. Tout le monde à part cette personne avait le dos tourné et n'a rien remarqué.
Je ne serai pas en ces lieux tout ce mois-ci, mon cerveau étant réquisitionné par d'autres activités.
Le soir, pendant mes moments de glandouille, j'ai en face de mes yeux des émissions télé-réalité-chirurgie-esthétique. Le principe de base : une série de filles mal fichues se font transformer en clônes mal ficelés pour pouvoir s'exclamer devant un miroir : « oh my god, I can't believe it » . Ces filles défilent toutes avec la même bouche, les mêmes brushings, les mêmes seins, les mêmes robes, les mêmes mentons, les mêmes joues et prononcent toutes la même phrase-qui-tue à la fin et c'est vraiment à donner la gerbe. Curieusement, ça ne me donne pas envie de penser à ce qu'est la beauté selon moi, à ce qu'elle devrait être. Ca ne me donne pas envie d'être chirurgien des cerveaux lobotomisés. C'est comme si ces images propageaient une substance paralysante qui vient trouver tous mes points faibles pour me plonger dans un profond desespoir. Voilà, ça me désespère de vivre dans cette société là où deux centimètres de tour de bide deviennent un obstacle à l'amour et pire encore. Tous ces corps là m'évoquent un seul mot : cancer. D'ailleurs, je me réveille avec l'idée du cancer, je m'endors avec. Et combien de fois bordel doit-on entendre cette phrase au quotidien : «c'est cancerigene». Putain de bordel de merde. Même l'encens c'est cancerigene. Bientôt on va me dire que manger des fraises, ça l'est aussi. Sans parler de ces putains d'ondes qui émanent de nos appareils... J'ai envie de dire, laisser moi crever tout de suite. Putain merde, si vous songez déjà à faire une ablation préventive des seins, moi je vous conseille de vous suicider. Le suicide, c'est bien ce qui me paraît la solution la plus préventive qui soit. Je crois qu'on est déjà malades.
On a le cancer de vivre.
Incapables de vivre un simple moment sans attendre le bonheur comme un dû. L'angoisse déforme et change nos traits. Ca nous rend laid, ça fait nous de la viande, de la chair en décomposition. Pourquoi pas se ballader dans des combinaisons réfrigérantes tant qu'on y est. Il me semble parfois que la réalité se montre vraiment plus étrange que les pires fictions.
Un mois pour s'oublier et se perdre donc.
PS I hate you : Juste la phrase du moment : l'homme est le meilleur ennemi de lui même.
Un champ de bleuets
Sur les toits de Paris
Paris sous toi, Iris
D'azur et de givre et de charrues
Sang de méduse, belladone et musc
Cendres embruns de l'aube
Amour, méduse, amour,
Tu fus pâle et c'était assez
Amour, mon doux, amour
De vivre
Ta morsure a étalé
En copeaux
De cristal
L'ichor des cieux
De l'ombre, vous voir
Dans le gel, vous voir
Dans la nuit,
Exsangues
Anges ! Anges !
Guérir l'amour exsangue
Myosotis !
Dis, veux tu ?
Des jeux oubliés
Au cp. Je portais un manteau Minnie tout rose. Je l'ai découpé et j'en ai distribué le rembourrage à tout le monde. On a joué à s'arracher le maximum de rembourrage. C'était a qui en aurait le plus.
J'ai joué à la Barbie oui. Je confesse. Je me suis d'ailleurs toujours demandée pourquoi elle n'avaient pas de tétons et je me rappelle avoir voulu ne pas en avoir comme elles. En cm2, je leur ai fait prendre un bain, leur ai coupé la tête avant de les jeter à la poubelle. J'ai appelé ça «le bain de la mort». C'était stupide.
De longues heures à ne rien faire, à rêver à des moments passés, à me repasser des flashs visuels, à fouiner partout. J'essayais les affaires de ma mère : ses talons, son maquillage, ses vêtements. J'essayais aussi ceux de ma grand mère qui étaient très différents : des caftans de tous les jours, des cordons servant de ceinture, de vieilles chaussures à talons qui n'avaient plus été portées depuis des lustres étant donné qu'elle ne sortait que pour aller chez l'épicier ou au hammam.
Au collège. Je sortais la mine d'un critérium au maximum et j'essayais de colorier une surface sans la briser. Ça captait toute mon attention comme dans une espèce de transe.
Des objets et des papiers que vous portez sur vous
Un sac à dos noir sans marque visible (important). Je voue une haine excessive aux sacs à mains (sacs à pouffe) mais n'ai pas encore trouvé de compromis entre mes poches pleines et mon sac à dos vide.
Dans la petite poche intérieure : Une dizaine de cartes (étudiant, bifi, bancaire, bm etc.) de l'argent parfois : je déteste les porte-monnaie aussi.
La poche avant : les reste d'un paquet de dragibus renversé il y a quelques temps (immangeable biensur), des pièces, des trombones, des stylos, mes clés, un galet que j'avais ramassé sur la plage.
Toujours : des mouchoirs
A l'intérieur : quatre ou cinq livres que je ne lis pas mais que je transporte au cas zoù. Un agenda que je n'ouvre jamais sauf pour me rappeler une date. Une chemise en plastique avec des feuilles blanches, des feuilles à carreaux, des cours. (hihi petite écolière bien docile).Une bouteille d'eau.
Tentée par Aranna
Quand on le fait, on lit différemment celui des autres parce qu'on se pose les questions qu'ils se sont posées. Alors, si vous aussi, vous vous surprenez à vous demander ce que vous auriez mis dans l'inventaire, lancez vous et prenez la file.
Des objets perdus :
Un bracelet berbère en argent tout fin et tout simple que j'avais piqué dans les affaires de ma mère et qui est resté à mon poignet 6 ans(un record). Il s'était balladé dans un cercle de femmes juste parce que chacune l'avait «emprunté» à l'autre à un moment donné. Je l'ai paumé le jour d'une évaluation d'Aikido à la fac. Je suis retournée sur les lieux mais je n'ai retrouvé que de la sueur et des cours d'aérobique.
Des lieux inhabitables :
Une maison de ferme. Entre les champs de blés et les champs d'olivier, il y a cette immense et somptueuse propriété constament pillée par des rats ou des hommes errants. A part quelques tentatives de remises en état, personne n'a jamais eu le temps de s'en occuper et de la faire vivre. En fermant les yeux, je me remémore son charme sauvage. Une baie vitrée de 20 metres au moins ouvre le salon sur un jardin abandonné. Je revois ses allées débordantes de roses sauvages, les caméléons aux branches de ses arbres, les serpents dans son gazon en friche et je ressens de nouveau la fascination que m'inspirais cette jungle quand j'étais enfant.
L'appartement d'une vieille dame de 90 ans. Il était littéralement emprunt d'elle, de son odeur de vieille
coquette, de ses souvenirs, de ses objets qu'on ne pouvait pas déplacer sans qu'elle se plaigne ensuite. Enfin, c'était inhabitable pour moi. Etouffant. On ne pas habiter des endroits
corps.
La chambre de mon grand oncle fou. Pas de ménage ni de visites pendant plus de quarante ans. Irrespirable, pleine de toile d'araignée, on pouvait tout au plus jeter un coup d'oeil de loin avant d'en être chassé par le vieux fou. Repose en paix.
L'appartement d'une amie qui s'est mariée à 20 ans avec un monsieur tout le monde pour se caser. Ca ressemblait à une maison témoin, ce genre de lieux soit disant parfaits que l'on trouve dans les magasins d'ameublement mais qui sont en réalité juste terriblement vides.
Des petites injustices subies pendant l'enfance :
Pendant les vacances d'été, je retrouvais mes cousins et nous dormions tous dans la même pièce sur des matelas posés à même le sol. Un soir, je me suis assoupie avant les autres. Je dormais profondément dans le large lit improvisé lorsque ma tante hystérique m'a secoué en m'ordonnant : « Leve toi, c'est la place de mon fils». J'ai pu constater en écarquillant les yeux que le lit était vide et qu'elle me réveillait par pure méchanceté. C'est alors qu'elle s'est mise à aboyer : «pourquoi tu me regardes comme ça ? Tu es une effrontée, ta mère t'as mal élevée etc» Puis elle s'est mise à crier de plus en plus fort et les autres sont venus voir ce qui se passait. J'ai eu droit à une leçon sur le respect du aux grandes personnes alors que je ne comprenais rien et que j'avais sommeil.
J'avais cinq ans. Ma mère me laissait chez l'une de ses amies qui était institutrice et qui se montrait très gentille avec moi. Quand elle se sont disputées, elle est venue m'interroger, persuadée que cette amie me soutirait des informations. Je lui ai assuré que non mais elle ne m'a pas cru. Elle m'a traité de menteuse, m'a insulté et m'a laissé dans le jardin jusqu'à ce que j'aille lui raconter le contraire. Je l'ai fait et j'ai beaucoup pleuré ensuite parce que j'avais honte.
J'ai toujours été assez seule : tout au plus une meilleure amie. Du coup, j'ai parfois été un bouc-émissaire idéal à l'école sans pouvoir me défendre.
etc.
Des plaies et des bosses
Mon tout premier souvenir en fait. Je cours dans la maison de ferme évoquée plus haut. Je dois avoir dans les trois ans. Il me semble que je rie en courant. Puis je tombe sur mon front. Je ne me rappelle que d'un bref flash de l'avant chute mais il me paraît curieusement joyeux. J'ai aussi gardé la cicatrice des quatre ou cinq points de suture que l'on m'a fait.
Allergie quand j'étais en ce2. Le médecin soignait la plaie en y appliquant sans le savoir la substance à laquelle j'étais allergique. J'ai raté les cours pendant un mois. On découpait mes pulls car la plaie s'était étendue sur toute la longueur de mon bras. Ca ressemblait à de la confiture d'abricot, ça avait une odeur rance et ça chatouillait.
Il m'arrivait de jouer au funambule sur les rebords d'une baignoire. Parfois, je mettais des bas pour pimenter le jeu. Mais j'ai fini par me casser la gueule. J'ai amorti la chute avec mon bras. Ensuite j'ai essayé de le dissimuler parce que j'avais peur de me faire gronder. Heureusement, ce n'était rien de sérieux. J'ai pu bouger mon bras sans avoir mal au bout d'une semaine.
J'emballais une boite dans du papier cadeau. J'ai voulu couper droit le scotch mais n'avait pas de ciseaux. J'ai donc été chercher un énorme couteau de cuisine avec lequel j'ai tranché le scotch mais également un bout de mon annulaire droit avec un bout d'ongle.
Des moments heureux sans raisons :
Des premières fois :
A chaque fois que quelque chose s'est produit dans ma vie pour la première fois, ça s'est fait dans l'hésitation, jamais d'un saut franc de l'avant vers l'après. Ca n'a jamais été l'extase non plus, les premières fois.
La première fois que j'ai mangé libanais (bande de petits obsédés, je ne parlerai pas de cul) j'ai trouvé ça trop étrange pour pouvoir l'apprécier. Apres coup, j'ai voulu encore de cette étrangeté. Et la deuxième fois, c'est devenu le meilleur truc que j'aie jamais mangé.
Soror
Grâce
Désert
Etrange
Certains soirs, on peut apercevoir dans mon quartier une grande perche portant une perruque blonde, d'interminables talons flashy, un petit top dos nu été comme hiver et une mini jupe qui laisse entrevoir un string rose entre ses fesses poilues. C'est ce qu'on appelle un « travelo » pour ceux qui n'ont pas saisis.
Je revois ma mere ou des gens du coin la pointer du doigt en qualifiant cette personne de «catastrophe » ou de «malediction». Mais je n'ai eu aucune pensée de la sorte, je me suis même réjouie du fait qu'il y ait quelque chose d'inhabituel pour destabiliser un peu les petites familles bourges conservatrices du coin. Je me disais intérieurement « vas y Barbie ken mets leur en plein la vue ! Scandalise les, montre leur la force d'un choix !»
Ce soir, je me suis trouvée sur son chemin en rentrant chez moi. La créature m'a laissée passer en gémissant avec une fausse voix aigue : « Allez y MONSIEUR ou MADAME».
J'ai explosé de rire. Franchement, je ne transporte pas de pancarte avec inscrit dessus VAGIN, je n'ai pas une grosse poitrine, je ne me maquille jamais mais je n'ai pas besoin de ça, je n'ai besoin de rien et je n'ai aucun doute sur le fait d'avoir l'air d'une fille à deux km à la ronde comme à 1 metre de près. Et ce, même dans le noir. Alors même si ça m'a bien fait rire, l'hostilité de l'apostrophe m'a un peu heurtée. Enfin, hostile, je l'ai interprêtée comme ça. Peut être que finalement, ça ne traduit que sa propre instabilité.
A quand le jour où on ne pourra plus appeler les gens en les désignant par genre « monsieur, madame, jeune fille, jeune homme » sans avoir peur d'être à côté de la plaque ?
J'ai fait ce matin un rêve étrange. On me vendait à un saoudien contre un pull over marron vert. C'est lui qui me l'a annoncé dans une salle qui ressemblait à une salle de classe. J'en suis sortie scandalisée, le souffle et la voix coupée mais comme sur le point de hurler. En plus, il avait déjà une femme, une femme voilée. Elle l'attendait dans le couloir figée comme un corps sans vie. Mon père tenait le fameux pull dans ses mains et en palpait la matière. Il m'a regardé comme si ma réaction n'était pas compréhensible avant de remarquer en désignant le vêtement : «il est pas mal, il pourra toujours être utile ». Le saoudien en question sentant que j'allais craquer a ajouté : «tu te rends comptes, c'est déjà beaucoup pour toi ! ». Là c'est devenu le boucan dans ma tête. J'ai hurlé autant que c'est possible dans un rêve à m'en rompre ma voix onirique. « Espece de sale pervers pédophile misérable tout le monde va rire de toi, je vais le crier partout, on n' est plus au moyen age, c'est inadmissible, espece de pd barbu comment tu peux étaler tes pulsions désastreuses en pleine lumière du jour etc.» Puis son visage est devenu sévère et rigide et il m'a semblé que ça ne serait pas si simple de sortir en courant et en hurlant des évidences. Parce que dans un monde où on peut sortir pour hurler simplement et être délivré, on ne vend pas des filles contre des pulls. Ah oui, j'oubliais donc, ce n'est pas si simple. Au moment où tu hurles, où le moindre son à ce sujet sort de ta bouche, tout prend fin. Il y a comme une ligne à ne pas franchir, comme une bride intérieure qui te laisse sans voix. Tout fonctionne bien et tu continueras.
J'ai eu envie d'être adolescente. J'ai eu envie d'ingérer à grande dose cette matière sirupeuse bubble gum qui donne l'impression qu'on peut raffraîchir sa vie, qu'on peut être le héros d'une histoire trépidante en ajoutant une couche de gel sur ses cheuveux, en éclantant deux trois boutons, en adoptant des t-shirts à message perso ou à groupe de musique. Peut être que ce n'est pas ça. Certes je me soucie ces temps ci particulièrement de mon apparence. Enfin, relativement. Je me brosse les cheveux tous les deux jours alors que d'habitude j'attends un peu plus longtemps histoire d'avoir une grosse toile d'araignée à défaire. Je m'épile les sourcils et la moustache alors que d'habitude je m'en tape. J'essaie de pas porter toujours la même chose alors que je m'en tape aussi. J'essaie de virer aussi les poils de chat de mon manteau noir. L'adolescence, je crois que c'est exactement ce que je ressens. Un besoin terrible de me reconstruire et d'être aimée.
Pourquoi personne n'entre dans ma vie sans qu'il y ait besoin de paroles, comme par une simple nécessité, parce que deux pôles sont voués à se rencontrer ? Pourquoi dans la vie, la relation à l'autre prend juste l'aspect de ce tatonnement pénible, mou, décalé ?
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